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3.1 - Introduction à l'organisation de la collecte

Introduction

Organiser la collecte, c’est avant tout structurer son approvisionnement en déchets plastiques, qui constituent la matière première du recyclage. Cette organisation détermine les types de plastiques disponibles, leurs volumes, leur qualité, ainsi que la faisabilité technique et économique de l’activité de recyclage.

Une collecte efficace repose sur plusieurs choix clés :

  • Quelles matières collecter ?
  • Où les collecter ?
  • En quelles quantités ?
  • Comment les acheminer jusqu’au centre de tri ou de transformation ?

Ces décisions doivent être prises en tenant compte des réalités locales : les pratiques des habitants, les différentes activités économiques, les gisements disponibles, le prix des déchets ainsi que les débouchés existants.

Le comportement des acteurs locaux (ménages, collecteurs, entreprises, secteur informel) conditionne directement la qualité des flux collectés. Un tri respecté et une organisation claire améliorent l’efficacité de la collecte et réduisent les coûts.

L’organisation de la collecte est donc autant un exercice technique qu’un travail d’ingénierie sociale. Elle vise à impliquer durablement les populations et les partenaires locaux, à sécuriser l’approvisionnement en matières recyclables et à soutenir des choix cohérents avec les principes du développement durable (people, planet, profit).

1 - Qualité des matières : notions clés avant la préparation

La première étape lorsque l’on veut recycler des déchets plastiques, c’est l’approvisionnement en matière première. Cet approvisionnement a un coût puisqu’il faut organiser une collecte ou acheter la matière directement collectée.

Il faut être vigilant car les déchets plastiques ne sont pas toujours prêts à l’emploi. Ils peuvent être :

mélangés

contaminés par la présence d’éléments d’autres matières sur l’objet

souillés par d'autres substances

dégradés

Dans ces cas-là, la quantité de déchets plastiques achetée n’est pas la quantité de déchets plastiques réellement exploitable. Donc, non seulement vous achetez et vous transportez de la matière inutile, ce qui augmente le coût, mais cela peut également rajouter des étapes de préparation supplémentaires qui ont des conséquences sur le processus de transformation et le coût associé.

1.1 - Contamination et souillure

Le degré de contamination est la proportion de matière non désirée propre à l’objet initial que l’on retrouve dans le gisement de déchets plastiques que l’on souhaite recycler. Ces contaminants doivent être retirés avant le recyclage.

Le degré de souillure est la proportion de saletés extérieures (polluants, métalliques, organiques, minérales, liquides) présentes dans le gisement de déchets plastiques que l’on souhaite recycler. Ces saletés doivent donc être retirées avant le recyclage.

Exemple concret :

Un bidon d’huile en PEHD qui provient d’une décharge publique en plein air.

Un bidon d’huile est composé des éléments suivants :

  • Le corps en PEHD
  • Le bouchon
  • La bague de fermeture
  • L’étiquette
  • La colle
  • L’huile

Si nous souhaitons recycler uniquement le PEHD nous devons retirer tout élément potentiellement constitué d’une autre matière. C’est-à-dire le bouchon, la bague de fermeture, l’étiquette et la colle. On peut estimer que pour 100 kg de bidons achetés, 5 à 10 kg ne sont pas recyclables. (Bareel P-F, 2002)

D’autre part, un stockage en décharge publique implique des déchets très sales. Il est donc nécessaire de nettoyer et vider les résidus d’huile du bidon avant de le recycler. Pour ce type de stockage, on peut estimer que pour 100 kg de bidons achetés en décharge publique, 25 kg sont des saletés. (Bareel P-F, 2002)

Au total, sur les 100 kg de bidons que vous aurez achetés seuls 70 kg seront effectivement recyclables.

Selon leurs caractéristiques propres et leurs types de stockage, les déchets n’ont pas tous la même valeur donc le prix d’achat doit s’adapter. Il est crucial de garder à l’esprit que le poids de déchets acheté n’est pas forcément le poids recyclable réellement et il est important de savoir l’estimer. Les étapes supplémentaires de nettoyage à mettre en place représentent un coût, une perte de temps et d’énergie à ne pas négliger.

1.2 - Dégradation

Enfin, il est important de savoir estimer la qualité de la matière plastique. En effet, plus un déchet plastique est dégradé, moins il a de valeur économique car il sera plus difficile à recycler. Pour cela il faut avoir certains indices comme :

  • leur provenance (maisons, rues, commerces, industriels, lieux agricoles, océans, rivières, …)
  • les conditions de stockage (dans un hangar fermé, sous un préau, au sol, à l’air libre, au soleil, …)
  • le temps de stockage (1 mois, 1 an, …)

Si des doutes persistent ou des indications sont manquantes, il est conseillé d’observer et de manipuler les plastiques. Les indices de la dégradation peuvent être le blanchiment du plastique, son écaillement, sa fragilité, etc.

2 - Les différentes sources de déchets plastiques, les gisements

Après avoir identifié la matière plastique à recycler, il faut trouver où s’en procurer.

Pour récupérer ou acheter les déchets plastiques les plus intéressants au meilleur prix, il est crucial d’étudier les différentes sources d’approvisionnement autour de soi afin de déterminer :

  • les principales sources de déchets ;
  • les types de plastiques disponibles (PE, PP, ...) ;
  • la quantité de déchets disponibles ;
  • la qualité des déchets disponibles (degré de contamination, degré de
  • souillure, dégradation) ;
  • la cadence de renouvellement de la quantité de déchets émise.

Pour identifier les paramètres cités ci-dessus, rendez-vous dans la leçon suivante où nous apprendrons à mener une campagne de caractérisation complète.

On peut diviser les déchets plastiques en 4 types de sources directes, qui seront également vues en détails dans la leçon 3.3.

2.1 - Déchets municipaux

Décharge de Puuwatu - Kendari (Indonésie) | Crédit photo : Maéva Bardy

Ces déchets proviennent des ordures ménagères et des particuliers. Selon la région, ce gisement est plus ou moins important et peut représenter une source très intéressante pour débuter. Les points de collecte sont divers :

  • Directement chez l’habitant (les moins souillés)
  • Dans les rues et les parcs (très souillés)
  • Dans les centres de tri (très souillés)
  • Dans les décharges publiques (très souillés)

Exemples : films, sachets, flacons, etc

Avantages : approvisionnement régulier

Inconvénients : déchets non identifiés et mélangés, souillés, points de collecte pouvant changer

2.2 - Déchets commerciaux

Bidons de produits d'entretien - Not Just Plastic (Vietnam)

Ces déchets sont issus des commerces et peuvent être séparés en 2 catégories selon le degré de souillure de ces déchets :

  • Peu souillés : grands magasins, entrepreneurs, plombiers, etc
  • Souillés : hôtels, restaurants, bars, garages, coiffeurs, hôpitaux, pharmacies, etc

Des systèmes de collecte peuvent être intégrés au sein même de ces commerces.

  • Exemples peu souillés : emballages, films, etc
  • Souillés : bouteilles, bidons, flacons, etc

Avantages : déchets identifiés, tri facile, approvisionnement régulier, points de collecte établis

Inconvénients : déchets mélangés et souillés

2.3 - Déchets industriels

Exemples de déchets (étiquettes) non conformes

Ces déchets proviennent d’entreprises de transformation du plastique. Ce sont les déchets de production ou des rebuts qui n’ont pas intégré le cycle de consommation. Un système de collecte est souvent intégré au sein de l’entreprise : ils sont donc triés, peu souillés et disponibles en grande quantité.

Exemples : chutes de profilé de PVC extrudé, chaises, semelles, emballages, etc.

Avantages : déchets identifiés et triés, peu souillés, lavage léger, approvisionnement régulier, points de collecte établis

Inconvénients : Aucun

2.4 - Déchets agricoles

Exemple de déchets agricoles : bidons en PEHD

Ces déchets sont le résultat de l’exploitation agricole et forestière tant pour la construction que pour le conditionnement. Ce type de point de collecte est souvent éloigné des villes et irrégulier mais il reste une ressource importante à ne pas négliger car il peut représenter de grandes quantités de déchets plastiques.

Exemples : tuyaux d’irrigation, tuteurs, bâches, jerry cans, sacs à grains, films plastiques

Avantages : déchets identifiés et triés

Inconvénients : déchets souillés voire dangereux (produits phytosanitaires), approvisionnement irrégulier, points de collecte éloignés

3 - Logistique et organisation

Le transport des déchets plastiques est une phase importante car il revient vite très cher. En effet, les déchets prennent beaucoup de place pour peu de matière transportée, c’est le cas d’un bidon vide par exemple. Les volumes à déplacer sont donc très grands pour une faible quantité de matière à recycler.

Une manière de réduire les coûts de transport est de réduire la taille des déchets avant le transport. Il est conseillé de privilégier l’achat de déchets sous les formes suivantes ou de trouver un prestataire qui puisse les transformer avant le transport.

Déchets en balles

Cubes de déchets plastiques compressés, réduction de volume jusqu'à 90% (voir la leçon 4.2 sur l’utilisation d’une presse à balles)

Déchets découpés

Morceaux de plastiques plus petits que les déchets initiaux ce qui prend moins de place.

Déchets broyés

Flocons de plastique très petits qui réduisent le volume de 60-75% et prennent encore moins de place.

Il est avantageux pour un entrepreneur d’acheter des déchets plastiques dont la taille a été préalablement réduite. Ils peuvent cependant être plus chers à l’achat par rapport aux déchets classiques puisqu’ils ont subi des opérations de préparation mais l’optimisation du transport peut largement compenser ces coûts. Il faut donc réaliser une estimation pour définir ce qui est le plus avantageux.

Une autre manière de réduire les coûts de transport, est d’écourter au maximum les trajets. Si on trouve un gisement peu cher mais qui se situe loin alors c’est peut-être moins intéressant que d'en trouver un plus cher à proximité.

Et enfin, pour réduire les coûts, il faut utiliser des moyens de transport bon marché et adaptés à l’environnement local. Voici une idée des différentes possibilités existantes :

Charrette à bras
(Indonésie)

Volume : 0,25 à 1 m³ - Rayon d’action : ~ 1 km - Accessibilité : Partout
Bon marché, aucun effet négatif sur l’environnement

Triporteur à pédales
(Photo générée par IA)

Volume : 1,5 m³ - Rayon d’action : 1 à 3 km - Accessibilité : Piste carrossable
Plus rapide, aucun impact négatif sur l’environnement, durée de vie parfois limitée.

Charrette à traction animale

Volume : 1,5 m³ - Rayon d’action : ~ 7 km - Accessibilité : Piste carrossable d'une largeur supérieure à 2,5 m
Investissement plus important (achat, alimentation et soins de l’animal). Peu d’impacts sur l’environnement à l'exception des excréments.

Petits véhicules motorisés (motocyclette, triporteurs, etc)

Volume : 1,5 à 4 m³ - Rayon d’action : ~ 10 km - Accessibilité : Piste carrossable
Durée de vie limitée car souvent poussés au maximum de leur capacité. Frais de carburant.

Pick up

Volume : 3 à 6 m³ - Rayon d’action : très élevé - Accessibilité : Route et piste carrossable
Investissement important (prix d’achat, assurance, frais de carburant, entretiens, etc.)

Camion

Volume : de 12 m³ à 90m³ - Rayon d’action : très élevé - Accessibilité : Route carrossable d'une largeur supérieure à 4 m.
Investissement très lourd, pièces de rechanges coûteuses et parfois peu accessibles, délais de livraison importants pour ces pièces, etc.

Caractéristiques des moyens envisagés pour le transport de déchets plastiques (Source : Bareel P-F, 2002)

4 - Les acteurs de la gestion des déchets plastiques

Pour mener à bien la recherche des gisements potentiels, il est utile d’avoir une vision d’ensemble des flux de déchets. Allez à la rencontre des acteurs de la gestion des déchets de votre région pour déterminer votre point de collecte idéal et trouver vos partenaires.

Le graphique ci-dessous présente les différents acteurs du processus de valorisation des différents types de déchets plastiques dans les pays à bas et moyens revenus.

Acteurs de la gestion des déchets plastiques

Sur cette base, nous pouvons maintenant identifier les modalités de collecte qui structurent l’approvisionnement afin de transformer l’intention en organisation concrète.

  • Collecte agréée (commerciale) : approvisionnement via grossistes ou fournisseurs s’approvisionnant notamment en décharges ; les prix d’achat fluctuent selon les types de matières (voir leçon 3.3.1).
  • Collecte B2B : collecte directe auprès de partenaires avec un protocole formalisé ; les gisements obtenus sont généralement gratuits (voir leçon 3.3.2).
  • Collecte communautaire et campagnes de ramassage/sensibilisation : actions ponctuelles publiques associées à des campagnes de caractérisation. Ces campagnes permettent d’accumuler des données qui servent à identifier les objets problématiques, quantifier la pollution, sensibiliser (voir leçon 3.3.3).

5 - La hiérarchie des plastiques

La nature des gisements, le niveau de concentration des déchets en un même point, le nombre d’intermédiaires nécessaires à leur collecte, ainsi que la maîtrise de la contamination et de la souillure conditionnent directement la recyclabilité des plastiques. Il en résulte une hiérarchie des déchets plastiques, du plus simple au plus compliqué à recycler.

Dans le graphique ci-dessous :

  • les flux situés à gauche correspondent aux déchets les plus faciles à capter et à valoriser : ils présentent une qualité homogène, une forte densité et un accès simplifié à des volumes importants. On y retrouve en priorité les déchets industriels, puis les déchets municipaux, d’abord les flux commerciaux redondants, ensuite les déchets ménagers et
  • à l’extrémité droite, les déchets déjà dispersés dans l’environnement. Ils constituent les gisements les plus complexes à traiter car ils sont hétérogènes, dégradés et diffus,

Gisements classés du plus simple au plus compliqué à recycler

Cette hiérarchie dépend de chaque écosystème mais on peut donner l'exemple concret suivant, du plus simple au plus compliqué à recycler :

  1. Chutes de production de l’industrie plastique
  2. Déchets industriels propres
  3. Déchets industriels souillés
  4. Bouteilles en PET post-consommation
  5. Déchets plastiques rigides post-consommation
  6. Déchets plastiques complexes (Polystyrène expansé, PVC, emballages multicouches, textiles, filets de pêche)
  7. Déchets plastiques dispersés dans l’environnement

Selon le niveau de maturité de l’écosystème local de recyclage, les premiers flux traités sont généralement les déchets industriels. Ces déchets de qualité peuvent constituer un gisement gratuit pour le recycleur car ils permettent à l’industriel d’éviter des coûts de mise en décharge. Mais lorsque plusieurs acteurs se positionnent sur ces gisements, ils peuvent devenir progressivement payants sous l’effet de la concurrence.

Une économie du déchet se met alors en place, avec l’émergence de prix de rachat, incitant les recycleurs à se tourner vers des gisements moins accessibles, tels que les déchets municipaux.

Conclusion

Après avoir présenté les éléments clés pour comprendre et décrire un gisement de déchets, nous allons maintenant passer à une approche plus concrète. La leçon suivante vous apprendra comment mener une campagne de caractérisation locale des déchets, une étape cruciale pour la viabilité de votre site d’implantation.


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Introduction

Organiser la collecte, c’est avant tout structurer son approvisionnement en déchets plastiques, qui constituent la matière première du recyclage. Cette organisation détermine les types de plastiques disponibles, leurs volumes, leur qualité, ainsi que la faisabilité technique et économique de l’activité de recyclage.

Une collecte efficace repose sur plusieurs choix clés :

  • Quelles matières collecter ?
  • Où les collecter ?
  • En quelles quantités ?
  • Comment les acheminer jusqu’au centre de tri ou de transformation ?

Ces décisions doivent être prises en tenant compte des réalités locales : les pratiques des habitants, les différentes activités économiques, les gisements disponibles, le prix des déchets ainsi que les débouchés existants.

Le comportement des acteurs locaux (ménages, collecteurs, entreprises, secteur informel) conditionne directement la qualité des flux collectés. Un tri respecté et une organisation claire améliorent l’efficacité de la collecte et réduisent les coûts.

L’organisation de la collecte est donc autant un exercice technique qu’un travail d’ingénierie sociale. Elle vise à impliquer durablement les populations et les partenaires locaux, à sécuriser l’approvisionnement en matières recyclables et à soutenir des choix cohérents avec les principes du développement durable (people, planet, profit).

1 - Qualité des matières : notions clés avant la préparation

La première étape lorsque l’on veut recycler des déchets plastiques, c’est l’approvisionnement en matière première. Cet approvisionnement a un coût puisqu’il faut organiser une collecte ou acheter la matière directement collectée.

Il faut être vigilant car les déchets plastiques ne sont pas toujours prêts à l’emploi. Ils peuvent être :

mélangés

contaminés par la présence d’éléments d’autres matières sur l’objet

souillés par d'autres substances

dégradés

Dans ces cas-là, la quantité de déchets plastiques achetée n’est pas la quantité de déchets plastiques réellement exploitable. Donc, non seulement vous achetez et vous transportez de la matière inutile, ce qui augmente le coût, mais cela peut également rajouter des étapes de préparation supplémentaires qui ont des conséquences sur le processus de transformation et le coût associé.

1.1 - Contamination et souillure

Le degré de contamination est la proportion de matière non désirée propre à l’objet initial que l’on retrouve dans le gisement de déchets plastiques que l’on souhaite recycler. Ces contaminants doivent être retirés avant le recyclage.

Le degré de souillure est la proportion de saletés extérieures (polluants, métalliques, organiques, minérales, liquides) présentes dans le gisement de déchets plastiques que l’on souhaite recycler. Ces saletés doivent donc être retirées avant le recyclage.

Exemple concret :

Un bidon d’huile en PEHD qui provient d’une décharge publique en plein air.

Un bidon d’huile est composé des éléments suivants :

  • Le corps en PEHD
  • Le bouchon
  • La bague de fermeture
  • L’étiquette
  • La colle
  • L’huile

Si nous souhaitons recycler uniquement le PEHD nous devons retirer tout élément potentiellement constitué d’une autre matière. C’est-à-dire le bouchon, la bague de fermeture, l’étiquette et la colle. On peut estimer que pour 100 kg de bidons achetés, 5 à 10 kg ne sont pas recyclables. (Bareel P-F, 2002)

D’autre part, un stockage en décharge publique implique des déchets très sales. Il est donc nécessaire de nettoyer et vider les résidus d’huile du bidon avant de le recycler. Pour ce type de stockage, on peut estimer que pour 100 kg de bidons achetés en décharge publique, 25 kg sont des saletés. (Bareel P-F, 2002)

Au total, sur les 100 kg de bidons que vous aurez achetés seuls 70 kg seront effectivement recyclables.

Selon leurs caractéristiques propres et leurs types de stockage, les déchets n’ont pas tous la même valeur donc le prix d’achat doit s’adapter. Il est crucial de garder à l’esprit que le poids de déchets acheté n’est pas forcément le poids recyclable réellement et il est important de savoir l’estimer. Les étapes supplémentaires de nettoyage à mettre en place représentent un coût, une perte de temps et d’énergie à ne pas négliger.

1.2 - Dégradation

Enfin, il est important de savoir estimer la qualité de la matière plastique. En effet, plus un déchet plastique est dégradé, moins il a de valeur économique car il sera plus difficile à recycler. Pour cela il faut avoir certains indices comme :

  • leur provenance (maisons, rues, commerces, industriels, lieux agricoles, océans, rivières, …)
  • les conditions de stockage (dans un hangar fermé, sous un préau, au sol, à l’air libre, au soleil, …)
  • le temps de stockage (1 mois, 1 an, …)

Si des doutes persistent ou des indications sont manquantes, il est conseillé d’observer et de manipuler les plastiques. Les indices de la dégradation peuvent être le blanchiment du plastique, son écaillement, sa fragilité, etc.

2 - Les différentes sources de déchets plastiques, les gisements

Après avoir identifié la matière plastique à recycler, il faut trouver où s’en procurer.

Pour récupérer ou acheter les déchets plastiques les plus intéressants au meilleur prix, il est crucial d’étudier les différentes sources d’approvisionnement autour de soi afin de déterminer :

  • les principales sources de déchets ;
  • les types de plastiques disponibles (PE, PP, ...) ;
  • la quantité de déchets disponibles ;
  • la qualité des déchets disponibles (degré de contamination, degré de
  • souillure, dégradation) ;
  • la cadence de renouvellement de la quantité de déchets émise.

Pour identifier les paramètres cités ci-dessus, rendez-vous dans la leçon suivante où nous apprendrons à mener une campagne de caractérisation complète.

On peut diviser les déchets plastiques en 4 types de sources directes, qui seront également vues en détails dans la leçon 3.3.

2.1 - Déchets municipaux

Décharge de Puuwatu - Kendari (Indonésie) | Crédit photo : Maéva Bardy

Ces déchets proviennent des ordures ménagères et des particuliers. Selon la région, ce gisement est plus ou moins important et peut représenter une source très intéressante pour débuter. Les points de collecte sont divers :

  • Directement chez l’habitant (les moins souillés)
  • Dans les rues et les parcs (très souillés)
  • Dans les centres de tri (très souillés)
  • Dans les décharges publiques (très souillés)

Exemples : films, sachets, flacons, etc

Avantages : approvisionnement régulier

Inconvénients : déchets non identifiés et mélangés, souillés, points de collecte pouvant changer

2.2 - Déchets commerciaux

Bidons de produits d'entretien - Not Just Plastic (Vietnam)

Ces déchets sont issus des commerces et peuvent être séparés en 2 catégories selon le degré de souillure de ces déchets :

  • Peu souillés : grands magasins, entrepreneurs, plombiers, etc
  • Souillés : hôtels, restaurants, bars, garages, coiffeurs, hôpitaux, pharmacies, etc

Des systèmes de collecte peuvent être intégrés au sein même de ces commerces.

  • Exemples peu souillés : emballages, films, etc
  • Souillés : bouteilles, bidons, flacons, etc

Avantages : déchets identifiés, tri facile, approvisionnement régulier, points de collecte établis

Inconvénients : déchets mélangés et souillés

2.3 - Déchets industriels

Exemples de déchets (étiquettes) non conformes

Ces déchets proviennent d’entreprises de transformation du plastique. Ce sont les déchets de production ou des rebuts qui n’ont pas intégré le cycle de consommation. Un système de collecte est souvent intégré au sein de l’entreprise : ils sont donc triés, peu souillés et disponibles en grande quantité.

Exemples : chutes de profilé de PVC extrudé, chaises, semelles, emballages, etc.

Avantages : déchets identifiés et triés, peu souillés, lavage léger, approvisionnement régulier, points de collecte établis

Inconvénients : Aucun

2.4 - Déchets agricoles

Exemple de déchets agricoles : bidons en PEHD

Ces déchets sont le résultat de l’exploitation agricole et forestière tant pour la construction que pour le conditionnement. Ce type de point de collecte est souvent éloigné des villes et irrégulier mais il reste une ressource importante à ne pas négliger car il peut représenter de grandes quantités de déchets plastiques.

Exemples : tuyaux d’irrigation, tuteurs, bâches, jerry cans, sacs à grains, films plastiques

Avantages : déchets identifiés et triés

Inconvénients : déchets souillés voire dangereux (produits phytosanitaires), approvisionnement irrégulier, points de collecte éloignés

3 - Logistique et organisation

Le transport des déchets plastiques est une phase importante car il revient vite très cher. En effet, les déchets prennent beaucoup de place pour peu de matière transportée, c’est le cas d’un bidon vide par exemple. Les volumes à déplacer sont donc très grands pour une faible quantité de matière à recycler.

Une manière de réduire les coûts de transport est de réduire la taille des déchets avant le transport. Il est conseillé de privilégier l’achat de déchets sous les formes suivantes ou de trouver un prestataire qui puisse les transformer avant le transport.

Déchets en balles

Cubes de déchets plastiques compressés, réduction de volume jusqu'à 90% (voir la leçon 4.2 sur l’utilisation d’une presse à balles)

Déchets découpés

Morceaux de plastiques plus petits que les déchets initiaux ce qui prend moins de place.

Déchets broyés

Flocons de plastique très petits qui réduisent le volume de 60-75% et prennent encore moins de place.

Il est avantageux pour un entrepreneur d’acheter des déchets plastiques dont la taille a été préalablement réduite. Ils peuvent cependant être plus chers à l’achat par rapport aux déchets classiques puisqu’ils ont subi des opérations de préparation mais l’optimisation du transport peut largement compenser ces coûts. Il faut donc réaliser une estimation pour définir ce qui est le plus avantageux.

Une autre manière de réduire les coûts de transport, est d’écourter au maximum les trajets. Si on trouve un gisement peu cher mais qui se situe loin alors c’est peut-être moins intéressant que d'en trouver un plus cher à proximité.

Et enfin, pour réduire les coûts, il faut utiliser des moyens de transport bon marché et adaptés à l’environnement local. Voici une idée des différentes possibilités existantes :

Charrette à bras
(Indonésie)

Volume : 0,25 à 1 m³ - Rayon d’action : ~ 1 km - Accessibilité : Partout
Bon marché, aucun effet négatif sur l’environnement

Triporteur à pédales
(Photo générée par IA)

Volume : 1,5 m³ - Rayon d’action : 1 à 3 km - Accessibilité : Piste carrossable
Plus rapide, aucun impact négatif sur l’environnement, durée de vie parfois limitée.

Charrette à traction animale

Volume : 1,5 m³ - Rayon d’action : ~ 7 km - Accessibilité : Piste carrossable d'une largeur supérieure à 2,5 m
Investissement plus important (achat, alimentation et soins de l’animal). Peu d’impacts sur l’environnement à l'exception des excréments.

Petits véhicules motorisés (motocyclette, triporteurs, etc)

Volume : 1,5 à 4 m³ - Rayon d’action : ~ 10 km - Accessibilité : Piste carrossable
Durée de vie limitée car souvent poussés au maximum de leur capacité. Frais de carburant.

Pick up

Volume : 3 à 6 m³ - Rayon d’action : très élevé - Accessibilité : Route et piste carrossable
Investissement important (prix d’achat, assurance, frais de carburant, entretiens, etc.)

Camion

Volume : de 12 m³ à 90m³ - Rayon d’action : très élevé - Accessibilité : Route carrossable d'une largeur supérieure à 4 m.
Investissement très lourd, pièces de rechanges coûteuses et parfois peu accessibles, délais de livraison importants pour ces pièces, etc.

Caractéristiques des moyens envisagés pour le transport de déchets plastiques (Source : Bareel P-F, 2002)

4 - Les acteurs de la gestion des déchets plastiques

Pour mener à bien la recherche des gisements potentiels, il est utile d’avoir une vision d’ensemble des flux de déchets. Allez à la rencontre des acteurs de la gestion des déchets de votre région pour déterminer votre point de collecte idéal et trouver vos partenaires.

Le graphique ci-dessous présente les différents acteurs du processus de valorisation des différents types de déchets plastiques dans les pays à bas et moyens revenus.

Acteurs de la gestion des déchets plastiques

Sur cette base, nous pouvons maintenant identifier les modalités de collecte qui structurent l’approvisionnement afin de transformer l’intention en organisation concrète.

  • Collecte agréée (commerciale) : approvisionnement via grossistes ou fournisseurs s’approvisionnant notamment en décharges ; les prix d’achat fluctuent selon les types de matières (voir leçon 3.3.1).
  • Collecte B2B : collecte directe auprès de partenaires avec un protocole formalisé ; les gisements obtenus sont généralement gratuits (voir leçon 3.3.2).
  • Collecte communautaire et campagnes de ramassage/sensibilisation : actions ponctuelles publiques associées à des campagnes de caractérisation. Ces campagnes permettent d’accumuler des données qui servent à identifier les objets problématiques, quantifier la pollution, sensibiliser (voir leçon 3.3.3).

5 - La hiérarchie des plastiques

La nature des gisements, le niveau de concentration des déchets en un même point, le nombre d’intermédiaires nécessaires à leur collecte, ainsi que la maîtrise de la contamination et de la souillure conditionnent directement la recyclabilité des plastiques. Il en résulte une hiérarchie des déchets plastiques, du plus simple au plus compliqué à recycler.

Dans le graphique ci-dessous :

  • les flux situés à gauche correspondent aux déchets les plus faciles à capter et à valoriser : ils présentent une qualité homogène, une forte densité et un accès simplifié à des volumes importants. On y retrouve en priorité les déchets industriels, puis les déchets municipaux, d’abord les flux commerciaux redondants, ensuite les déchets ménagers et
  • à l’extrémité droite, les déchets déjà dispersés dans l’environnement. Ils constituent les gisements les plus complexes à traiter car ils sont hétérogènes, dégradés et diffus,

Gisements classés du plus simple au plus compliqué à recycler

Cette hiérarchie dépend de chaque écosystème mais on peut donner l'exemple concret suivant, du plus simple au plus compliqué à recycler :

  1. Chutes de production de l’industrie plastique
  2. Déchets industriels propres
  3. Déchets industriels souillés
  4. Bouteilles en PET post-consommation
  5. Déchets plastiques rigides post-consommation
  6. Déchets plastiques complexes (Polystyrène expansé, PVC, emballages multicouches, textiles, filets de pêche)
  7. Déchets plastiques dispersés dans l’environnement

Selon le niveau de maturité de l’écosystème local de recyclage, les premiers flux traités sont généralement les déchets industriels. Ces déchets de qualité peuvent constituer un gisement gratuit pour le recycleur car ils permettent à l’industriel d’éviter des coûts de mise en décharge. Mais lorsque plusieurs acteurs se positionnent sur ces gisements, ils peuvent devenir progressivement payants sous l’effet de la concurrence.

Une économie du déchet se met alors en place, avec l’émergence de prix de rachat, incitant les recycleurs à se tourner vers des gisements moins accessibles, tels que les déchets municipaux.

Conclusion

Après avoir présenté les éléments clés pour comprendre et décrire un gisement de déchets, nous allons maintenant passer à une approche plus concrète. La leçon suivante vous apprendra comment mener une campagne de caractérisation locale des déchets, une étape cruciale pour la viabilité de votre site d’implantation.


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